La chèvre de race pyrénéenne

Quand la biodiversité des races domestiques sert à sauvegarder la diversité des paysans.

Lorsque j’ai pris la décision de ma reconversion professionnelle pour devenir chevrière, élever une race locale, rustique et adaptée à son milieu est apparu comme une évidence. Mais j’ai vite réalisé que cela n’était pas évident pour tous et notamment pour les instances administratives.

Confrontée à un monde agricole qui depuis plus d’un siècle tend à faire régresser voir disparaître les races locales au profit de quelques espèces issues des sélections faites pour l’élevage industriel, j’ai dû me battre pour imposer mes choix.

Pour que cette lutte ne reste pas vaine, j’ai décidé de la mettre au service d’un collectif : l’association de la Chèvre de race Pyrénéenne que je co-préside depuis 2012. Cette association travaille activement à la conservation de cette race caprine mais également à la promotion des produits qui en sont issus.
Découvrez les actions et les actualités de l’association de la Chèvre de race Pyrénéenne en cliquant sur l’image : 
La sauvegarde d’une race locale prend tout son sens quand elle permet de retrouver une place dans des systèmes agricoles différents et
auprès de consommateurs soucieux du maintien de la biodiversité.

L’élevage des chevreaux sous la mère

Les chevriers bénéficient d’une bonne image auprès du grand public : ils sont volontiers écolos, promènent leurs chèvres et fabriquent de bons fromages.

Sauf que nous sommes, nous aussi, soumis à la grande division du travail qui régente le monde.
Nous sommes spécialisés dans la transformation du lait en fromage ; et cet élevage là a un sous-produit : la viande.

Pour qu’une chèvre fasse du lait, elle doit être saillie par un bouc, être gestante durant 5 mois puis donner naissance. Elle produit alors le lait pour nourrir ses petits.
Un troupeau de 30 chèvres donne naissance à environ 50 chevrettes et chevreaux, cela fait vite du monde !

Se pose alors le problème de la concurrence pour le lait : va-t-on le laisser aux mères pour nourrir leurs petits, ou va-t-on faire du fromage ?

Dans les premières heures après la naissance, le lait appelé colostrum est indispensable aux chevrettes et chevreaux pour acquérir les défenses immunitaires de la mère. Ce lait n’est pas fromageable.
Mais au bout de quelques jours, le chevrier devra faire un choix, qui dépend de sa sensibilité.

Il y a d’abord celui qui raisonne à la différence entre la valeur d’un litre de lait à 0,45 euro, destiné à nourrir les chevreaux, et celle du même litre transformé en fromage, jusqu’à 3 euros.
Il s’en remettra à l’engraisseur, qui le débarrassera des chevreaux.

Vient ensuite le chevrier qui n’a pas trop bonne conscience et décide d’engraisser les chevreaux à la ferme avec du lait en poudre.

J’ai fait partie de cette 2ème catégorie pendant les cinq premières années qui ont suivi mon installation.
L’option « élevage sous la mère » faisait perdre trop d’argent à mon entreprise : on estime le manque à gagner à environ 5000 euros pour un troupeau de 30 chèvres.
Je me suis donc résignée à faire ce choix pour atteindre les objectifs économiques imposés aux jeunes agriculteurs.

Aujourd’hui, chevrettes et chevreaux sont élevés « sous la mère », les mères éduquent les petits et la culture du troupeau se transmet.
Je respecte le rythme naturel de mes chèvres qui mettent bas en février. Le lait est « sacrifié » pendant quelques semaines puis je commence doucement la fabrication des fromages début avril.

Les pratiques vétérinaires alternatives

70% du travail de l’éleveur réside dans l’observation de ses animaux

Il y a depuis quelques années un regain d’intérêt pour des médecines plus naturelles en élevage, car les consommateurs les considèrent moins agressives et plus respectueuses de la nature que les médicaments habituels.

Je soigne mes animaux grâce à plusieurs pratiques vétérinaires alternatives : l’aromathérapie (utilisation des huiles essentielles), l’hydrolathérapie (utilisation des hydrolats ou eaux florales, co-produits de la fabrication des huiles essentielles) et la phytothérapie (utilisation des plantes).
Toutes ces médecines nécessitent une approche holistique de la santé c'est-à-dire qu’il faut considérer l’animal dans sa globalité et non pas comme un « foie », un « intestin » ou une « mamelle ».
Chaque animal est unique (ceci est particulièrement vrai pour les chèvres) et il est nécessaire de déterminer l’origine de la pathologie pour appliquer un traitement causal doublé d’un traitement de fond.

Par exemple, dans le cas d’une mammite (inflammation de la mamelle), je traite le symptôme par une crème contenant de l’huile essentielle de litsée citronnée aux propriétés anti-inflammatoires et de l’huile essentielle de lentisque pistachier qui est un draineur lymphatique.
J’associe à ce traitement la prise d’une infusion de sauge, sarriette, noyer et laurier noble pour drainer suite à l’infection et renforcer le système immunitaire.

Je fabrique moi-même les crèmes, sirops, suppositoires qui me servent à soigner mes animaux.
Je me fournis en huiles essentielles et hydrolats biologiques auprès d’un distillateur, aromathérapeute et ami installé dans une nature préservée sur le plateau du Larzac.